Avenue Thiriar

Jules Adrien Thiriar est né à Saint-Vaast (pas Saint-Vaast-la-Hougue dans le Cotentin, mais à La Louvière), le 24 mars 1846. Diplômé de l’ULB, il devint chirurgien à l’hôpital St-Jean puis professeur en 1891 à l’ULB. Il fut aussi conseiller provincial en 1878 puis député et enfin sénateur jusqu’en 1894.

Chirurgien, il publia plusieurs ouvrages dont le très plaisant De la pleurésie purulente chez les enfants.

Sa réputation lui a valu non seulement une avenue dans le quartier Houba mais aussi une allée dans l’hôpital Brugmann. Opinion favorable que ne partageait pas James Ensor : Jules Thiriar se retrouve en bonne place et unique personnage roux et avec une barbe sur le tableau Les mauvais médecins.

Il est décédé à Uccle le 29 juin 1913.

Avenue Lieutenant-Général Baron Armand De Ceuninck

Si vous habitez cette avenue, vous ne devez pas recevoir beaucoup de cartes postales : avec un nom pareil, il ne reste plus de place pour écrire l’adresse!

Né le 27 mai 1858 à Malines, ce cher Armand est nommé général-major en septembre 1914, juste à temps pour commander les troupes chargées de couvrir le flanc sud de l’armée refluant vers l’Ouest lors du siège d’Anvers. En 1915, il est lieutenant-général et commandant de la 6e division d’armée et en 1917, il s’illustre lors de la deuxième bataille d’Ypres au cours de laquelle furent utilisés pour la première fois des gaz asphyxiants. En 1917, il se voit confier le portefeuille de la Guerre, poste ministériel qu’il occupe jusqu’au 22 novembre 1918, quand l’ensemble du gouvernement démissionne. Il part alors commander les troupes belges d’occupation de l’Allemagne.

Il décède le 12 avril 1935 à Bruxelles.  

Boulevard de Smet de Naeyer

Il y avait jadis un chemin, le Jetse Wegel, qui reliait le quartier de la rue Medori (arrière de l’ancienne caserne des Carabiniers, devenue Ecole des Cadets, puis, aujourd’hui école européenne) à Jette. La rue des Robiniers, qui va du domaine royal au pont colonial, et le bd de Smet de Naeyer, qui va du pont colonial à la chaussée de Jette, en reprennent le tracé.

La fin du boulevard de Smet de Naeyer et le pont colonial avant 1914 (collection Belfius)

C’est Léopold II qui souhaitait la création de cette artère mais il faut attendre la fin de 1895 pour que la décision soit prise. Ce boulevard fait partie du boulevard de grande ceinture traversant la partie ouest de la capitale et imaginé par Victor Besme dans son Plan d’ensemble pour l’extension et l’embellissement de l’Agglomération bruxelloise datant de 1866.

Lors de sa création, il commençait à l’avenue Sobieski (à l’époque, bd Bockstael) et son tracé ne fut achevé qu’en 1909, sur Laeken, et en 1910 sur Jette où il prit ne nom d’avenue de Smet de Naeyer, avec une nouvelle numérotation…

Ce n’est qu’au lendemain de la Première Guerre Mondiale que l’ensemble fut unifié, portant le même nom de boulevard et avec une numérotation continue commençant à la chaussée de Jette.

Sur Laeken, les premières maisons apparurent entre 1905 et 1914. L’almanach du commerce mentionne le boulevard pour la première fois dans son édition de 1907, donc sur base de la situation constatée fin 1905 – début 1906. Dans cette édition, une seule maison est habitée, le n°19 (actuellement probablement le n°635) par un certain L. Chevalier, rentier de son état. Trois maisons sont construites au-delà de l’avenue Houba de Strooper (n°27 à 31) mais elles sont encore inoccupées. L’année suivante, un premier équipement essentiel apparaît au coin du boulevard et la rue Wauters (qui s’appelait encore – la rue, pas le peintre – Fransman) : la Brasserie de l’Etang. Ce café existe toujours et s’appelle Le Régent.

L’ancienne Brasserie de l’Etang, actuellement Le Régent

Quelques bâtiments remarquables

A l’angle de la rue Salu et du boulevard, au n°523, nous trouvons une villa construite en 1923 par l’architecte Alphonse Groothaert qui fut aussi l’architecte, notamment, des n°583-585, plus loin sur le boulevard, ainsi que du parvis de N-D de Laeken.

Villa n° 523 Bd de Smet de Naeyer

Le n°557 est une maison bourgeoise de style Art Déco construite par l’architecte Mergam en 1929. Cet architecte n’a rien à voir avec le politicien libéral bruxellois Désiré Joseph Mergam qui, pour les élections législatives à la fin des années ‘60, avait choisi comme slogan : Pour de meilleurs trams, votez Mergam.

557 bd de Smet de Naeyer

Le n°559 est une autre maison de style Art Déco, construite en 1932 par l’architecte J. Vermeersch. Il est également l’architecte d’une petite vingtaine de maisons et d’immeubles repris au patrimoine régional.

n°559

Le n°570, que tout le monde connaît tant il est imposant, est un hôtel particulier de style « Beaux-Arts », construit en 1930 par l’architecte Emile Lambot et remanié en 1962 par Albert Degand pour servir de siège à l’Archevêché de Malines-Bruxelles. L’archevêque, Mgr Suenens, en fit sa résidence. Il était auparavant habité par un industriel (d’après l’Almanach de 1960)

n°570

Au n°579 , nous trouvons la maison que l’architecte Fernand Brunfaut s’est construit en 1913. Ce tronçon de boulevard entre l’avenue Houba et la rue Salu fut, à ses débuts, un fief Brunfaut. Jugez plutôt : Les maisons des n° 532, 536, 538, 540, 558 et 579 ont été construites et/ou habitées par un Brunfaut.

n°579

Fernand Brunfaut a aussi participé à la construction de l’ancienne imprimerie du journal « Le Peuple », rue St-Laurent (avec son fils Maxime), de différents ensembles de logements sociaux et de cités jardins comme celle de Moortebeek ou de La Roue. Il est aussi l’architecte de la maison n°42 rue de Laubespin.

Un petit mot au sujet de F. Brunfaut, né à Neffe-Anseremme en 1889 et décédé à Bruxelles en 1972.

Il ne fut pas seulement un architecte réputé et un socialiste militant. Il fit aussi une carrière politique : conseiller communal à Laeken, puis à Bruxelles après l’annexion de Laeken, de 1911 à 1958, il fut échevin des Travaux publics de 1914 à 1921, puis conseiller provincial du Brabant de 1921 à 1925 et enfin député de 1925 à 1961.

Le n°581 est une maison unifamiliale réalisée par Edgar Demarteau en 1913. Vous ne connaissez pas Edgard Demarteau ? Moi non plus et je n’ai rien trouvé sur ce personnage.

Autre immeuble connu de tous, le n°583-585 : Cette imposante double maison réalisée en 1911-1913 par Alphonse Groothaert, est une maison d’habitation et un atelier d’artiste occupée au début (1914) par le sculpteur D. Jacobs et le statuaire Desmarez

Mais venons en à celui qui a donné son nom au boulevard.

Comte Paul De Smet de Naeyer

Paul de Smet de Naeyer (source: wikipedia)

Paul de Smet de Naeyer est né à Gand le 13 mai 1843 dans une riche famille d’industriels du coton. Il décède à Bruxelles le 9 septembre 1913. Il reprendra les activités familiales, puis se retrouvera banquier à la tête de la Société Générale de Belgique avant de se lancer en politique. En 1886, il est élu député catholique et devient ministre. En 1888, il est nommé premier ministre mais son cabinet est rapidement emporté par la question du suffrage universel. Il revient aux affaires comme premier ministre en 1896 et le restera jusqu’en 1907. Il a été un soutien indéfectible de la politique coloniale et de modernisation des infrastructures belges de Léopold II. C’est la raison pour laquelle, la partie Nord du boulevard de grande ceinture, fut baptisée, suivant le souhait de Léopold II, du nom du comte Paul de Smet de Naeyer. Il fut aussi le promoteur d’une politique de maisons ouvrières bon marché.

Il a été anobli comte par Léopold II, le 20 mai 1900.

Il décède à Bruxelles le 9 septembre 1913.

Pour la petite histoire, la marine belge a eu un voilier école du nom de « Comte de Smet de Naeyer ». Commandé en 1904 à un chantier écossais, il chavira trois fois. Les deux premières fois, en octobre 1904, dans le bassin du chantier lors du remplissage de ses réservoirs d’eau, puis quelques jours plus tard, après rupture des câbles lors des manœuvres de redressement. La troisième fois, le 19 avril 1906 dans le Golfe de Gascogne. Il sombra, entraînant son commandant et une partie de l’équipage dans le naufrage. (http://www.marinebelge.be/comte%20de%20smet.html) Le moins que l’on puisse dire, pour chavirer dans le bassin du chantier lors du remplissage des soutes, est qu’il devait y avoir un léger problème de conception…

L’ancien Beaulieu au coin du bd de Smet de Naeyer et de l’avenue Houba

Avenue Rommelaere

Sur un plan de 1870, l’actuelle avenue Rommelaere était le chemin de Laeken à Wemmel et portait le nom de Ijzelstraat. Elle est devenue la rue des Cailloux en 1913 et l’avenue Rommelaere en 1921. Mais les premières maisons apparurent en 1878 : ce sont les maisons en retrait, tout au bas de l’avenue, près de la rue Théophile de Baisieux :

source: Open Street Map

Guillaume Rommelaere est né à Gand en 1836. Il fut un des premiers professeurs de l’ULB, après y avoir été nommé chargé de cours en 1869. Il y créa un cours d’anatomie de texture initiant ainsi l’enseignement de l’histologie. Il fut également recteur de cette université de 1894 à 1896, président de la Faculté de Médecine, Secrétaire perpétuel de l’Académie Royale de Médecine (1883-1890).

avenue Houba-De Strooper

Mais qui était Houba ? Il s’appelait Louis. Il est né en 1852 à Resteigne et a grandi à Rochefort. A 17 ans, il commence une carrière militaire et en 1879, il épouse Anne De Strooper (1855-1927). En 1881, sous le maïorat de Emile Bockstael, il devient secrétaire communal, fonction qu’il exercera jusqu’à sa pension en 1912. Il participe activement avec E. Bockstael à la modernisation de Laeken voulue par Léopold II. Il décède à Ixelles en 1916.

L’avenue Houba-De Strooper a été voulue par Léopold II, comme le boulevard de Smet de Naeyer construit au même moment. Dans un premier temps, l’avenue s’arrête à hauteur de la rue du Heysel. La voici au début des années 1930, entre l’avenue Sobieski et les rues du Heysel et Reper-Vreven:

Avenue Houba (1931) entre Sobieski et Reper-Vreven (source: Bruciel)

L’avenue Houba commence dans le coin inférieur droit de la photo, où l’on voit un long terre-plein rectangulaire aux petits côtés arrondis, entre l’ovale du « square » Prince Léopold et la courbe du début de l’avenue Sobieski. Elle traverse ensuite le bd de Smet de Naeyer, dépasse le « V » constitué des rues de Laubespin à gauche et Stevens-Delannoy à droite, arrive à un rond-point où convergent les rues du Cloître, Félix Sterckx, Stuyvenberg et Salu, puis continue, sans arbre en son centre, jusqu’au croisement avec les rues du Heysel et Reper-Vreven. Jusqu’à la fin des années 1920, elle s’arrêtait là.

A la fin des années 1920, lorsque débute la construction du stade du Centenaire (actuel Stade Roi Baudouin), premier bâtiment de l’Expo de 1935 (qui devait se tenir initialement en 1930), on la prolonge jusque Wemmel où elle devient Limburg Stirum.

Avenue Houba (1931) de la Chaussée romaine à la rue du Heysel (source: Bruciel)

Le petit bois à gauche de l’avenue, devant le stade, est le futur Square Palfyn. Quelques maisons apparaissent, 6 en tout, preuve que les terrains bordant l’avenue au-delà de la rue du Heysel sont bien lotis mais les acquéreurs ne se pressent pas. Les rues entre l’avenue Houba et Brugmann ne sont pas encore tracées. Il faudra attendre les années ’50 et l’Expo 58 pour que cette partie du quartier se développe.

Le stade, dont la première pierre a été posée par le Bourgmestre Adolphe Max, le 4 octobre 1929, est inauguré par le Prince Léopold, futur Léopold III, le 14 septembre 1930. Au cours de cette cérémonie, Victor Boin, président de l’Association professionnelle belge des Journalistes sportifs, a prononcé une allocution. Vingt ans plus tard, on donnera son nom aux infrastructures sportives qui bordent actuellement l’avenue Houba, entre la rue du javelot et l’avenue de Bouchout.

En 1936, P. Dechamps installe sa Brasserie de la Couronne dans un immeuble de style art déco nouvellement construit au 286 de l’avenue Houba.

La Brasserie de la Couronne en 1936 et en 2019

 

L’avenue Houba en 1953,                          et en 1971:

  

Dès les années 1950, les arbres qui ornaient l’avenue sont abattus pour permettre à la reine Voiture d’occuper tout l’espace. L’étang « Palfyn » est comblé, le quartier se structure mais il est encore peu bâti. En 1971, la situation avait déjà considérablement évolué.

Square Jean Palfyn

Anciennement, le Square Palfyn était un étang, le Durrebroeck, qui collectait les eaux du versant s’étendant jusqu’à la chaussée romaine. Il donnait naissance au Heyselbeek qui longeait la rue du Heysel jusqu’à la Place St-Lambert où il alimentait un moulin, le slagmolen, après avoir récupéré les eaux d’un ruisselet venant du steenpoel (parc d’Ossegem). Il bifurquait alors au Sud pour alimenter l’étang du Square Clémentine et se jetait dans le Molenbeek à hauteur du Square Léopold. L’étang a été comblé après 1958.

La Fontaine de Neptune (dessin : architecte Charles Beyaert ; réalisation : sculpteur E. Fierens) qui se trouve en bordure de l’avenue Houba date de 1866. Elle a été érigée initialement Porte de Namur en l’honneur de Charles de Brouckère. Derrière, se trouve une autre sculpture, Le Semeur de Mathieu Desmaré.  (source : La Région de Bruxelles-Capitale, in collection Histoire et Patrimoine des Communes de Belgique, Racine, 2008 – p.535)

La fontaine a été démontée en 1957 lors du réaménagement de la Porte de Namur dans le cadre des travaux de l’Expo 1958. Elle a été entreposée jusqu’en 1978 et sa réinstallation au Square Palfijn. Les attributs des deux divinités marines ont disparu lors du démontage-entreposage. Le sommet du monument (ensemble de 3 putti) est l’œuvre de P.-L. Dunion. (source : Les fontaines racontent Bruxelles, Fabien De Roose, Racine, p. 97)

Rue du Heysel

La dénomination de l’endroit a évolué au cours du temps : den Hysele en 1568, Hysel ou Eyzel en 1830 et Heysel en 1845

La rue du Heyel correspond à l’ancien « chemin d’Hosseghem » que l’on peut trouver sur d’anciens plans. Ce chemin allait au-delà de St-Lambert mais cette partie a disparu lors des travaux de l’Expo 58. De l’autre côté, la rue se termine à l’avenue Houba-de-Strooper, au commissariat de police érigé à l’emplacement de l’ancienne Entrée Mondiale de l’Expo 58.

Il y a eu deux noyaux d’habitat, l’un, le plus ancien, à l’Ouest, l’Hosseghem Dries, situé à l’emplacement de l’actuel Primerose et du pavillon du COIB (avenue Houba), et l’autre, qui n’apparaîtra qu’à la fin du XIXe siècle, autour de la place St-Lambert.

Le premier a disparu au XIXe siècle, lors de l’aménagement du Parc de Laeken et l’urbanisation du quartier. En fait, la Ville a acquis puis démoli un ensemble de constructions au nord de la Hosseghemstraet. Parmi les multiples propriétaires de ces maisons, on trouve un cultivateur nommé Jean-Baptiste Vandergoten.

En 1905, cette Hosseghemstraet modifiée devient une partie de la rue du Heysel.

Côté St-Lambert, il n’existe qu’une seule construction au XVIIIe siècle, et encore est-elle en retrait par rapport à la Hosseghemstraet. Cette construction sera agrandie et transformée en 3 maisons en 1893. Elle est à l’origine de la rue Reper-Vreven.

Au milieu du XIXe siècle, la partie Est de la rue, jusqu’au bas de l’avenue du Centenaire, est bordée d’une prairie. Cette prairie devient la propriété d’un médecin de Molenbeek, Alfred Martha, qui y fera construire une résidence champêtre. Son fils Henri, négociant à Bruxelles en hérite en 1912. Les bâtiments sont démolis en 1933 et le terrain cédé à la Ville en 1945.


La rue du Heysel en 1930 (source: Bruciel)

Et aujourd’hui…