Avenue Sobieski

source: www.openstreetmap.org

Au départ, cette avenue, qui va du Square Princesse Clémentine au parvis St-Lambert, reprend le tracé d’un sentier nommé Vossewegel (1). Ce sentier reliait le hameau du Heysel au Molenbeek (2).

Source: Brugis

Le Vossewegel longeait un ruisseau, l’Heyselbeek, venant du Square Palfijn.

On le voit très bien sur la carte ci-contre qui superpose un extrait des cartes topographiques de Vandermaelen (1846) et un plan actuel. Ce ruisseau longeait la rue du Heysel, bifurquait vers le sud à hauteur de l’église St-Lambert, faisait un double coude en face de la rue du Cloître. A partir de là, il était canalisé jusqu’au Molenbeek, au début de la rue Alphonse Wauters.

C’est ce ruisseau qui alimente les étangs du parc Sobieski et du Square Princesse Clémentine

En 1872, l’avenue devient la rue des Renards. Au début du XXe siècle, elle s’appelle Boulevard Bockstael dont elle est la continuation vers le Heysel. Elle est rebaptisée Sobieski lors du développement du plateau du Heysel en 1934(3). Ce changement de nom est-il dû au souhait d’être agréable aux Polonais dans la perspective de l’Expo de 1935 ? Eh bien, oui et non : oui pour être agréable aux Polonais, et non pour la perspective de l’Expo de 1935.

L’avenue Sobieski quand elle s’appelait encore Bockstael (coll. Belfius)
Depuis le pont colonial (coll. Belfius)
En 1935. Si vous agrandissez, vous verrez un camion du grand magasin « A l’Innovation » et les premières constructions de l’expo 35 (coll. Belfius)

Un petit retour en arrière s’impose. Comme vous le savez certainement, le Roi Albert est mort le 17 février 1934 dans un accident d’alpinisme à Marche-les Dames. Léopold III est intronisé le 23 février. Une délégation est envoyée dans différentes capitales pour annoncer l’avènement de Léopold III. Et voici le récit qu’en fait Le Soir du 12 juin 1934 :

M. Adolphe Max, ambassadeur extraordinaire du roi des Belges, a assisté à l’inauguration solennelle d’une plaque apposée rue Niecala, qui portera désormais le nom de « Rue Albert Ier ». […]

M. Adolphe Max a remercié ensuite la capitale polonaise de s’être jointe au culte que les Belges font au roi décédé. Il a rappelé qu’il existe à Bruxelles une rue de Pologne et une rue de Varsovie et que c’est sur l’initiative de M. Max lui-même que le conseil municipal de Bruxelles a décidé récemment de donner à l’une des avenues de la capital le nom du roi de Pologne Jean Sobieski.

Jean Sobieski fut roi de Pologne sous le nom de Jean III. Il a défait les Ottomans à deux reprises, à Khotin d’abord, à Kahlenberg ensuite en 1683. Cette dernière victoire contraignit les Ottomans à lever le siège de Vienne et à renoncer définitivement à leur expansion en Europe. Notons au passage que la chaussée de Buda rappelle un épisode similaire, la victoire de Charles V de Lorraine sur les Turcs en 1686 à Buda, en face de Pest.

(source: Wikipédia)

Cette décision, initiée par Adolphe Max, a été concrétisée par un arrêté du Collège, dont voici le texte :

Le Collège des Bourgmestres et Echevins,

Attendu que la Ville de Varsovie a donné à l’une de ses principales voies publiques le nom de rue Albert Ier ;

Considérant qu’il sied de répondre à cette attention délicate en attribuant à l’une des artères de la capitale le nom de l’un des héros nationaux de la Pologne ;

Arrête :

La partie du boulevard Emile Bockstael comprise entre le square Clémentine et la place Saint-Lambert s’appellera désormais :

Avenue Jean Sobieski laan

Mais ne croyez pas que cela s’est fait sans mal !

D’abord, les riverains n’étaient pas d’accord et ils l’ont fait savoir par une pétition datée du 11 octobre 1934 et qui exposait leurs arguments :

Ensuite, un fonctionnaire attentif a fait remarquer que cette décision était un peu étrange car le boulevard au-delà de St-Lambert continuait de s’appeler « Bockstael » comme le montre le plan ci-dessous. Remarque que le Collège balaya d’un revers de main : le boulevard au-delà de St-Lambert faisant partie du domaine de l’Exposition universelle en préparation, on aviserait après celle-ci.

Enfin, un autre fonctionnaire tout aussi attentif et consciencieux a fait remarquer que la plaque de rue n’avait pas été placée à la fin du bd de Smet de Naeyer, juste après le pont colonial comme tout le monde le pensait, mais à hauteur de la statue de Bockstael, au Square Clémentine. Fallait-il repasser en Collège et fait courir à l’échevin responsable le risque d’essuyer les sarcasmes de ses chers collègues ? Fallait-il refaire l’inauguration et réinviter l’ambassadeur de Pologne ? L’affaire a été discrètement résolue par une circulaire attirant l’attention des services sur le fait que l’avenue Sobieski commençait juste après la statue de Bockstael. Et il a donc fallu modifier la numérotation des maisons entre le bd Bockstael/avenue Houba et le pont colonial.

La photo aérienne prise avant l’Expo de 1935 (à gauche) nous montre le site de l’avenue Sobieski. L’avenue commence dans le coin inférieur gauche. Nous trouvons, sur sa droite, le parc Sobieski avec son verger et les serres. Ensuite, il y a le pont colonial. Puis à droite, nous avons le massif boisé et les serres du jardin colonial et nous arrivons à la villa style cottage en face de la place St-Lambert.

Parc Sobieski (4)

En 1896, Léopold II achète des terrains sur le Donderberg. Il y fait installer des serres sur la partie haute pour y cultiver des arbres fruitiers en pots. Un verger occupe le flanc de la colline (nous sommes sur le Donderberg). Un étang est creusé en 1908 dans la partie basse, le long de l’avenue Sobieski.

Photo intéressante car on y distingue très nettement, entre les premières maisons (coin inférieur gauche) et le pont colonial, en partant de la gauche, l’avenue Sobieski, une rangée d’arbres dont l’ombre masque l’étang, le verger, les serres, un massif boisé, une étendue dégagée (le futur Jardin du Fleuriste), un massif boisé, la rue Médori et l’ancienne caserne des Grenadiers (puis école des cadets et actuellement école européenne).

La route qui part du pont colonial est l’avenue des Robiniers. Elle marque la limite du site. Au Nord, se trouve le domaine du Stuyvenberg. On y voit un long rectangle, sans doute une pelouse, qui se termine par un chemin qui, après deux virages, traverse un pont au-dessus de l’avenue des Robiniers et arrive dans le futur Jardin du Fleuriste. Ce pont a disparu mais ses socles en maçonnerie sont toujours bien visibles.

Le site a été longtemps abandonné mais il a été réaménagé et ouvert au public en 1983.

Aujourd’hui, si les serres de la partie haute ont disparu, la partie centrale est toujours un verger et l’étang est toujours là.

Au sommet du Donderberg, vous trouverez le Jardin du Fleuriste, admirablement aménagé et entretenu par Bruxelles Environnement. Vous y jouirez du calme et d’une vue étonnante sur Bruxelles.

Pont colonial



Ce pont, long de 31m, relie l’avenue des Robiniers au bd de Smet de Naeyer. Il a été construit en 1906 comme en témoigne la plaque de bronze sur la colonne.

Le chiffre de Léopold II est bien visible sur le socle monumental.

A l’origine, les colonnes portaient l’étoile du Congo belge.

Les ferronneries (balustrades, lanternes, …) ont été réalisées par la Compagnie des Bronzes.(5)

Jardin colonial (6)

En février 1900, un premier jardin colonial, pourvu de deux serres, est créé dans le domaine du Stuyvenberg.

Le Jardin colonial avait une double fonction. D’un part, importer des plantes du Congo, les sélectionner et les adapter au climat belge, et d’autre part, importer et cultiver des graines et des plantes de régions tropicales, les mettre en quarantaine, les débarrasser des insectes et moisissures et les décontaminer avant de les expédier au Congo pour les cultiver. (6)

En 1902, le jardin est transféré dans la propriété Vanderborght (voir bd du Centenaire) où il dispose de 6 serres. En 1905, Léopold II le fait transférer encore une fois sur les terrains qu’il vient d’acquérir entre l’avenue des Ebéniers et l’avenue Sobieski. Une villa de style cottage, dessinée par l’architecte Oscar Flanneau, est alors construite pour accueillir les services administratifs et techniques du jardin. Plus tard, elle deviendra le logement de fonction du jardinier en chef. Un autre bâtiment, du même architecte, se trouve à l’opposé de la grande pelouse. Il servait d ‘écurie et de remise de matériel. En 1951, le jardin déménage une dernière fois, au jardin botanique de Meise.

Mais les serres qui occupaient la superficie de l’actuelle pelouse centrale, ont été remises en service en 1958 pour fournir la décoration florale de l’Expo 58. Démontées en 1962, elles cèdent la place à la pelouse que nous pouvons voir aujourd’hui. Le parc est ouvert au public en 1965. Le tunnel sous l’avenue des Robiniers qui relie le jardin colonial au parc Sobieski, a été creusé en 1980 lorsque le parc a été lui aussi ouvert au public.

Patrimoine

L’avenue Sobieski est, sans conteste, une des plus belles avenues de Laeken.

Dernière mise à jour: Mercredi 29 juillet 2020

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Notes

(1) Source : Pierre VAN NIEUWENHUYSEN, Historische toponymie van Laken, Safran 2009, p.521
(2) Le Molenbeek prend sa source à Dilbeek, alimente les marais de Ganshoren et traverse le parc Roi Baudouin. Il est alors enfoui dans des canalisations et passe sous le parc de la Jeunesse, le Square Prince Léopold, bifurque vers le Square Prince Charles, passe sous l’avenue du Parc Royal pour alimenter les étangs du domaine royal et se jette dans le canal.
(3) source : La Région de Bruxelles-Capitale, in collection Histoire et Patrimoine des Communes de Belgique, Racine, 2008 – p.535
(4) Source : http://www.irismonument.be/fr.Bruxelles_Laeken.Avenue_Jean_Sobieski.A003.html
(5) Source : http://www.irismonument.be/fr.Bruxelles_Laeken.Avenue_Jean_Sobieski.A001.html
(6) Source : www.irismonument.be

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