Rue du Cloître

Il semble bien qu’il n’y ait jamais eu de cloître dans cette rue. Son nom viendrait de la proximité de l’école primaire et gardienne des Soeurs des Ecoles chrétiennes de Vorselaer (aujourd’hui Institut Maris Stella), rue Félix Sterckx où résidaient les sœurs enseignantes.

En 1907, l’Almanach du Commerce et de l’Industrie cite la rue du Cloître en précisant qu’elle commence rue Fransman, 602, et finit à Jette-St-Pierre sans davantage d’information sinon que des maisons sont en construction. A cette époque, cette portion de la rue Fransman ne s’appelait pas encore Emile Wauters et il y avait 609.949 habitants à Bruxelles et sa banlieue, c’est-à-dire la Région de Bruxelles-Capitale aujourd’hui.

A cette époque également, il était prévu de prolonger la rue du Cloître au-delà de l’avenue Houba, jusqu’à la rue Théophile de Baisieux, qui s’appelait rue du Moulin et était encore sur le territoire de Jette-St-Pierre.

On notera également qu’en 1907, la rue du Cloître commençait à la rue E. Wauters (anciennement Fransman). La portion Wauters-Sobieski apparaîtra plus tard. Ceci explique sans doute le léger décalage de l’alignement des maisons de la section Wauters-Houba par rapport à la section Sobieski-Wauters, léger décalage qu’un observateur attentif n’aura pas manqué de remarquer.

Rue du Cloître en 2018 (source: Bruciel)

En 1908, les premières constructions apparaissent (n° 92 à 98) mais elles ne sont pas encore occupées. Sont-elles encore en cours de construction ? A l’époque, l’avenue Sobieski s’appelait encore bd Bockstael : « Commence bd Emile Bockstael, finit aven. Houba de Strooper » nous dit l’Almanach.

Et le même Almanach du Commerce et de l’Industrie de 1909 nous donne les premiers habitants :

« 92 De Henffe (Mlles). rent.

94 Dohet H., représentant de commerce »

En 1910, les demoiselles De Henffe ont cédé la place à M. A. Vetter, un industriel. M. H. Dohet est toujours au n°94 mais il est devenu agent de commerce dont les bureaux se trouvent au 137, rue Stéphanie. Quant au n°98, il est occupé par M. J. Kreutz, un négociant.

En 1920, la rue est déjà un peu plus étoffée. L’Almanach y signale 16 maisons dont 13 sont occupées. Mais il faut se méfier. La liste de l’Almanach est trompeuse : elle ne reprend que les « notables », grands (industriels, négociants, magistrats, professions libérales, etc.) ou petits (instituteurs, employés, commerçants, …). Les ouvriers ne sont pas repris, comme les terrains vagues…

De cette époque, il reste les pavés (dont les avantages sur l’asphalte sont indéniables : inusables et casse-vitesse naturel), les façades qui valent le détour et une petite impasse à hauteur du n°19.

Rue du Cloître, l’impasse à hauteur du n°19

Les six petites maisons ouvrières de cette impasse datent de 1900 et sont reprises à l’Inventaire « Irismonument », tout comme l’hôtel de maître (1931, Beaux-Arts, Art Déco) qui fait le coin avec l’avenue Sobieski et dont le premier occupant fut un certain J. Kinnard, entrepreneur de travaux publics et privés nous dit l’Almanach.

Si vous aimez les ferronneries, allez jeter un coup d’oeuil au n°6. Cette maison date de 1914 :

6, rue du Cloître (source: Irismonument)

Au carrefour avec la rue Stevens-Delannoy, les deux immeubles de coin (n° 44 et 51), immeubles de rapport qui tranchent par leur gabarit avec le reste de la rue, datent également de 1914. Les châssis de fenêtre en aluminium brillant et les portes en plastic ne sont pas d’origine.

Rue du Cloître vers l’avenue Sobieski

Et ce ne sont pas les seuls édifices qui méritent un coup d’oeuil. Il y en a en tout une vingtaine.

Histoire générale

Vieille histoire que celle de ce quartier. Le site était déjà occupé au début de notre ère car, en 1848, des vestiges d’une villa romaine (c’est-à-dire une exploitation agricole) ont été découverts. Elle se trouvait au-dessus de la Drève Ste-Anne, du côté de l’école européenne (ex-école des cadets) et du Jardin du Fleuriste (ex-Donderberg)

Il est possible que le hameau qui, plus tard, est apparu à l’emplacement du Primerose et de la rue du Heysel, et qui s’appelait Hosseghem Dries, ait son origine dans des dépendances de cette villa.

Plus tard, au XIIe siècle, la partie Nord du quartier (jusqu’à la chaussée romaine) faisait partie de l’alleu de Hosseghem, propriété de l’abbaye d’Affligem. Un « alleu » était une terre que l’on avait en pleine propriété, contrairement à un fief dont le propriétaire restait le Prince qui cédait la jouissance de la terre à un vassal, à charge pour ce dernier de fournir une aide militaire en cas de besoin.

L’abbaye avait acquis cette propriété en 1152 d’un certain Meinard, un bourgeois de Bruxelles. Dans le contrat de vente, il n’est pas question d’une ferme. Cela donne à penser que la ferme était en ruine ou en tout cas dans un état de délabrement qui ne justifiait pas une mention dans le contrat. Pourtant, elle sera reconstruite mais un peu plus bas, et sera à l’origine du hameau Hosseghem Dries, situé au début de la rue du Heysel, entre l’avenue Houba et la rue du Sansonnet..

Quelques années plus tard, l’abbaye de Nivelles, qui avait autorité sur le territoire de Laeken, cède à l’abbaye d’Affligem la dîme versée par les habitants à charge pour Affligem d’ériger une chapelle et d’en assurer le service religieux. Cette chapelle se trouvait au Nord de la ferme d’Ossegem qui constituait l’essentiel du hameau, approximativement où se trouvait l’ancien Méli. L’exploitation agricole, dont les terres couvraient tout le plateau, fut assurée par les moines jusqu’à la fin du XIIIe siècle, lorsqu’ils décidèrent d’affermer l’exploitation à des laïcs. Par contre, l’abbaye a continué l’exploitation de la carrière, le Steenpoel (correspond en gros au théâtre de verdure à l’étang du parc d’Ossegem), probablement déjà utilisée à l’époque de la villa romaine.

En 1331, les habitants du hameau de Laeken obtiennent le statut de Bruxellois, en d’autres termes ils seront dorénavant soumis à la juridiction de la Ville.

Au XVIe siècle, suite à la montée des eaux sous-jacentes dans la carrière, l’abbaye d’Affligem est contrainte d’en arrêter l’exploitation. Mais l’exploitation agricole est florissante et en 1618, la ferme d’Ossegem construit une dépendance au Verregat.

En 1705, lors de la construction du château de Rongé, au lieu-dit Tienbunders (Dix Bonniers), l’ancienne carrière de Steenpoel est incorporée au parc du château. Le parc est aménagé dans le style anglais, à la mode à l’époque, avec des dénivellations et des cascades. Le site de l’ancienne carrière s’y prête admirablement. De cette époque date également le boisement du parc.

En 1791, le fermier qui exploitait la ferme d’Ossegem disposait de 102 bonniers de terres, prairies et bois (soit un peu plus de 100 Ha) pour lesquels il devait un fermage de 1.648fl, 60 mudden (± 6m³) de froment et 14 d’avoine (+/-11m³). Tout ceci est à prendre avec des pincettes car les anciennes mesures variaient d’un endroit à l’autre et d’un produit à l’autre. Par exemple, un muid de froment avait une contenance égale à la moitié de celle d’un muid d’avoine.

Après leur victoire à Fleurus, le 26 juin 1794, contre les Autrichiens alliés aux Britanniques et aux Néerlandais, les Français occupent la totalité des Pays-Bas Autrichiens et les annexent à la Ière République française. Un an plus tard, le 31 août 1795, ils réorganisent réorganisent l’administration de leurs possessions : les provinces sont remplacées par des départements. Laeken est érigé en commune mais, à l’époque, son territoire ne comprenait pas l’Ouest du quartier (côté Brugmann) qui faisait partie de la commune de Jette.

Le 28 décembre 1797, les Autorités françaises confisquent la ferme, au motif qu’elle appartient à une institution religieuse, et la vendent à leur profit. La procédure laisse des traces écrites dont il ressort que la ferme, avec ses bâtiments, cour jardin et verger, s’étendait sur 4 Ha. Les bâtiments comprenaient un corps de logis avec 5 chambres et des caves, 2 écuries pour un total de 20 chevaux, une étable pour 32 bovins, une grange pour 6.000 gerbes ainsi qu’une remise à chariots. Le bien a été acquis par un certain F.J. Mauris pour la coquette somme de 1,25 million de Livres Françaises qu’il régla en assignats…

Laeken en 1811

Lors de la création du cadastre au XIXe siècle, la ferme d’Ossegem (matrice cadastrale n°157) appartient à Mathieu Goffin et s’étend sur plus de 65ha dont un tiers pour le corps de logis et ses dépendances. Le hameau comprenait 10 maisons et la maison rurale située près de l’actuel pavillon du COIB, appartenait, en 1834, à un cultivateur, Petrus Claessens. Son fils Henricus en héritera en 1854.

En 1840, un premier projet de réunification de Laeken à Bruxelles est lancé mais il capote devant l’opposition des habitants.

En 1859, la fille de Mathieu Goffin hérite du domaine et son mari, Charles Christian de Rongé, un riche négociant bruxellois, y fait construire un château qu’on appellera le château de Rongé.

En 1865, la maison rurale du hameau d’Ossegem est transformée et divisée en 6 petites maisons d’environ 50m² qui deviendront la propriété d’un menuisier, Johannes Van Bever-Polspoel Celui-ci occupe la plus grande maison et loue les autres. Différentes maisons sont construites, puis démolies et reconstruites jusqu’à ce que l’ensemble soit acquis par la commune en 1917 et démoli en 1918, avec toutes les maisons du côté septentrional de la rue.

Le 10 août 1903, une modification des limites communales repousse la frontière avec Jette jusqu’à l’actuelle avenue J.-B. Depaire.

En 1905, la Hosseghemstraet devient une partie de la rue du Heysel

En 1917, la commune de Laeken rachète l’ensemble des 6 maisons de l’ancienne maison rurale d’Ossegem et les démolit un an plus tard.

Le 30 mars 1921, la commune de Laeken cesse d’exister et son territoire est annexé par la Ville de Bruxelles. C’est après cette annexion que commence l’urbanisation du plateau.

Dans les années qui suivent, des rues sont tracées au Sud du hameau du Heysel, le Krayenblok, et des maisons se construisent en s’éloignant du hameau ancien de Hosseghem (rue du Heysel). Il s’agit des rues Reper-Vreven, Stevens-Delannoy, Emile Wauters, du Cloître, puis Stuyvenberg, de Laubespin, Salu et Gilson.

Le 20 avril 1925, la Ville de Bruxelles échange, avec Jette, le territoire en bordure Sud de l’avenue de l’Arbre Ballon contre le terrain où sera construit l’hôpital Brugmann.

En 1927, la Ville de Bruxelles acquiert le domaine de Rongé, tombé entre-temps dans l’escarcelle de Mme Bourgeois, épouse du baron Léon Janssen en vue des travaux de l’exposition universelle prévue en 1930 pour célébrer le centenaire de l’indépendance belge. Les bâtiments de la ferme sont démolis pour permettre la construction du stade du Centenaire.

Les travaux pour l’exposition universelle de 1935, et notamment, le stade du Centenaire (anciennement stade du Heysel et actuel Roi Baudouin) dont la construction est achevée en 1930, accélèrent le processus d’urbanisation. Lors de la construction du stade, des vestiges (canalisations et fondations) ont été mis au jour, peut-être d’une villa franque, mais les travaux de terrassement n’ont pas laissé le temps d’étudier le site.

Avant l’urbanisation, le Sud du hameau du Heysel était appelé Krayenblok (terre des corneilles). C’est sur cette terre que seront tracées les rues Félix Sterckx, Stevens-Delannoy, du Cloître, Laubespin, Salu et Stuyvenberg.

Au début des années 1930, commence l’urbanisation de la partie du Krayenblok au-delà de l’avenue Houba. Il en va partiellement de même pour le tronçon de la rue de Laubespin entre le boulevard et la rue Salu. La rue Gilson est tracée mais il n’y a qu’une seule maison. En plein milieu. Le reste ne sont que des champs.

Lors de l’Exposition universelle de 1935, le parc de Rongé (ex-Steenpoel) est ouvert au public et porte désormais la dénomination officielle de Parc d’Ossegem.

Avenue Houba-De Strooper au début des années 1930 (source: Bruciel)

Un quartier encore bien champêtre avec son stade du Centenaire fraîchement terminé tout en haut. En face du stade, le bouquet d’arbres au-dessus d’un ruisseau est le Square Palfyn. Puis à gauche, en-dessous, le triangle de l’hôpital Brugmann est bien visible, ainsi que tout en bas, l’ovale du « Square » Léopold. Dans le coin supérieur droit, l’ensemble boisé est le Parc d’Ossegem avec, en-dessous, le premier tronçon de l’avenue du Centenaire.

Le quartier Houba en 2015 (source: Bruciel)

à suivre…